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Mon pèlerinage terrestre 1911 - 2009 |
Germaine Studer (en religion Soeur Renée) |
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Germaine, que feras-tu plus tard ?
« Je veux être Sœur ».
Mais l’institutrice s’exclame : « On ne fait pas une Sœur avec un garçon manqué ».
C’était en 3ème année primaire.
Il est vrai que dans la ferme familiale du Jura, la fillette avait une préférence pour les travaux des champs avec ses cinq frères, mais le petit cadre au-dessus de son lit où Jésus disait : « la moisson est grande et les ouvriers sont peu nombreux » l’appelait discrètement. |
Elle aimait beaucoup l’école et fut pointée pour passer l’examen d’entrée à l’école secondaire. Toute joyeuse, elle annonce la nouvelle à sa maman. Mais à l’époque, les filles n’allaient pas à l’école secondaire, Germaine pas plus que ses aînées. |
Un matin, elle est prise d’une inexplicable paralysie. Plusieurs fois, depuis l’âge de 16 ans, ce mal la reprend. Un jour, la corbeille des « neuf heures » a été oubliée. Germaine veut essayer d’aller la porter aux champs. Elle marche lentement, tout à coup, elle sent avec certitude qu’elle est guérie, c’était le 29 août, elle avait 19 ans. |
Elle s’ouvre de sa vocation à son Curé. Mais, lui aussi la qualifie de garçon manqué. Pourtant deux semaines plus tard, le facteur apporte une lettre, elle l’ouvre, c’est une invitation à entrer au couvent d’Ingenbohl dans quinze jours. N’y comprenant rien, elle déchire la lettre. A la maison, on s’interroge : le facteur a remis une lettre à Germaine ? Elle jette les morceaux de papier sur la table. La famille comprend que Monsieur le Curé a inscrit leur fille au couvent. Germaine pleure, puis se ravise : « Bon j’y vais ». Mais avec la lettre, il y a le trousseau requis. La maman et ses grandes sœurs se mettent au travail. |
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Le 7 novembre 1932, Germaine embrasse
le chien
et tous les chevaux
et c’est le départ. |
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Que de larmes !
Même Lolo,
le domestique ne tarit pas et décide d’entrer lui aussi dans les ordres. |
Dès ses premiers jours au couvent, Germaine se sent heureuse dans cette spacieuse maison. Elle assume avec enthousiasme sa formation tout à la fois religieuse et professionnelle. En 1936, elle prononce ses vœux sous le nom de Sœur Renée, en souvenir d’une Sœur de Bassecourt/JU décédée récemment. Puis, on lui confie les veilles de nuit au Théodosianum à Zurich. Elle entend parler des cambriolages du quartier de l’hôpital. Il faut faire venir son Taco. Le brave chien remplit si bien sa mission que Sœur Renée dut veiller durant six mois consécutifs. Dure épreuve pour la santé de la jeune infirmière. |
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En 1939, avec une centaine de consoeurs, elle est mobilisée et bientôt reçoit ses galons d’officier. La cérémonie a lieu au château de Colombier dans la salle des chevaliers.
Un soldat lui déclare, un jour, vouloir une femme comme elle. « Je suis de Delémont, là-bas, toutes les filles sont comme moi», répond
la Sœur.
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Sœur Renée travaillera ensuite à
la Victoria
à Berne, à l’hôpital de Riaz, puis, en tant que supérieure, à l’hôpital de Sierre. A l’époque, le travail était astreignant, Sœur Renée instaure les promenades communautaires et repère un chalet de vacances à Vercorin. |
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Toujours pleine d’initiatives,
elle fait venir en plusieurs équipes plus de cinquante filles de
la Guadeloupe
pour leur donner une formation professionnelle
– en lien avec des religieuses de Sion, missionnaires là-bas –.
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L'hôpital de Sierre se dote d'un héliport.
Hermann Geiger veut donner
à Soeur Renée
l'expérience d'un sauvetage
de vies humaines sur un glacier.
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En1968, infirmière à domicile à Moutier, elle constitue un groupe d’amis pour construire un dispensaire sur l’île de
La Désirade.
Sœur
Renée s’y rendra elle-même pour soutenir le zèle des bénévoles 100%.
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Dès son premier dimanche à Moutier, elle fait la connaissance de Lucelle. Sœur Jacqueline, sa consoeur, voulait aller manger dans ce restaurant. Mais Sœur Renée propose un pique-nique. Après leur frugal repas, elles s’approchent de la maison, côté cuisine et entendent des cris. En poussant la porte entr’ouverte, elles voient un petit travailleur noyé sous des piles de vaisselle et un cuisinier en furie. Sœur Renée saisit la situation, les deux Sœurs se mettent à laver la vaisselle qui s’ajoute sans arrêt, il y avait fête à Lucelle. A 20 heures, le directeur, l’Abbé Lidy, les invite à souper et leur donne un poulet rôti à emporter. Sœur Renée emporte aussi tous les linges à laver. |
En 1974, Sœur Renée devient supérieure au foyer de St-Ursanne Elle y met tout son sens artistique et pratique au service des rénovations sans cesse nécessaires. |
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1981, l’Abbé Lidy décède subitement. Sœur Renée entend : « Pourquoi pas toi ? Je suis seule… je suis trop vieille… » Le lendemain, elle téléphone à ses supérieures. |
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Elle est restée 15 ans à Lucelle, levée à 5h, heureuse, pas d’argent.
Chaque mois, elle répète au comité que le toit coule. Chaque fois, même réponse : « on n’a pas d’argent. » Une idée ! C’est moi qui répare ce toit, et en deux mois. Mais j’avais mal aux genoux à ne plus pouvoir marcher. Coup de fil à mon neveu : « Jo, quand il a brûlé chez toi, tu as trouvé un bon ouvrier ? – Oui, Candido, je l’appelle ». Il arrive et évalue les besoins : il faut deux camions de tuiles. Les poutres ? Je peux les arranger. Sœur Renée commande les tuiles à la fabrique. Sans garantie aucune, la livraison arrive en fin de semaine en même temps que Candido et deux chômeurs. Un entrepreneur de passage prête sa machine à monter les tuiles. En trois samedis, le toit est refait y compris les chéneaux en cuivre beau brillant. |
Mais toujours pas un sou. Que faire ? Sœur Renée découpe une fente dans un carton à souliers, écrit dessus : Qui veut être actionnaire d’une tuile ? 5 francs ! Quand la chorale de Weil am Rhein apporte sa collecte, c’est déjà un surplus. Et encore une conséquence heureuse de cette aventure : les deux chômeurs sont embauchés par l’entreprise de Candido. |
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Au téléphone, Jean-Bernard du Congo, étudiant à Strasbourg, a échoué à un examen et n’a pas d’argent. « Viens », dit Sœur Renée. « Peux-tu être casserolier ? » Il fait merveille. Les cuisiniers sont tentés d’abuser du « Noir ». Sœur Renée a l’œil ouvert, Jean-Bernard ne travaillera que le matin, l’après-midi, il étudiera pour préparer la branche ratée. Il réussit et Sœur Renée l’aide à terminer ses études. Devenu ingénieur dans son pays, il se marie et son premier enfant s’appellera Renée. |
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La petite famille viendra redire sa gratitude à Sœur Renée lors de ses nonante ans en terre jurassienne.
Informé par internet,
Jean-Bernard remuera ciel et terre pour être là aussi aux funérailles de
« sa seconde mère ». |
Sœur Renée a aidé bien d’autres personnes momentanément paumées.
A Lucelle, elle engageait des handicapés, hommes et femmes. Ils grevaient moins son budget, disait-on, mais leur rendement ? Et le temps que
la Sœur
devait investir pour eux ? Ne pensons qu’aux repas pris chaque jour avec eux, où, tout en ayant un œil sur le service du restaurant, elle leur communiquait sa bonne humeur.
Aux personnes qu’elle secourait, même des consoeurs en difficulté, elle avait le souci de donner une formation : cuisinier, infirmière-assistante ou simplement un permis de conduire. |
Lucelle, avec sa maison familiale, est un lieu de vacances pour des familles peu aisées. Sœur Renée avait pensé à tous : pour les enfants, parc aux biches, viviers, couvées de poussins sur les bords de fenêtres au restaurant, balançoires…, pour les parents, une chapelle toujours magnifiquement fleurie, grotte de Notre Dame de Lourdes (l’arrivée de la statue directement de Lourdes est encore une sorte de miracle du « bon Dieu » de Sœur Renée), chemin de croix par un artiste amoureux des lieux, retraites charismatiques adaptées… Rien pour elle, sauf parfois quelques minutes pour lancer sa ligne chanceuse dans le petit lac de Lucelle. |
Le jour de ses 85 ans, Sœur Renée annonce qu’elle part pour
la Roumanie.
En
réalité, elle travaille dur pour faire des marchés: confitures, poupées, corbeillons, couronnes d’Avent, chaussettes de laine. |
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On n’en finira jamais de lister tout ce qu’elle a imaginé pour aider essentiellement deux villages de Roumanie, d’abord une route d’accès de
30 km
,
vers Fagetu,
c’est la Renéestrasse. |

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Un jour, elle rencontre un jeune Roumain qui voudrait devenir médecin. Elle multiplie les contacts pour lui obtenir des stages en Suisse et l’aider dans ses études.
Celui qu’elle appelle «son fiston » deviendra un bon médecin. |
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Jusqu’à la fin de sa vie,
même quand ses genoux douloureux
l’ont forcée à prendre une chaise roulante, les yeux scintillant de bonheur,
Sœur Renée
voyait dans les événements
l’action aimante de « son bon Dieu ».
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Maison-Mère |